Le conseiller en traduction : conseiller et juge (Blight 1980)
(Traduit de Notes on Translation No : 80 [septembre 1980] : 43-44)
Richard C. Blight
Le conseiller
Selon le dictionnaire, un conseiller est une personne qui donne un avis d’expert. Le conseiller en traduction révise la traduction de chaque livre de la Bible qui doit être publiée ; il a de nombreuses occasions de donner un avis utile grâce à l’expérience acquise dans son travail de traducteur et de conseiller. Il explique comment les principes de traduction peuvent s’appliquer dans des passages particuliers. Il signale les erreurs d’exégèse et suggère d’autres interprétations à considérer. Il propose aussi d’autres tournures ou expressions, afin d’aider le traducteur à mettre celle qui est la plus idiomatique dans la langue cible. Il pose des questions à divers locuteurs de la langue pour aider le traducteur à se rendre compte d’éventuels problèmes qui lui seraient échappé.
Dans un de ses articles, John Beekman décrit les responsabilités du conseiller et leurs limites. Il dit :
« Vous pouvez suggérer des améliorations ou des corrections ; cela dit, il ne faut jamais y insister, ni essayer de prouver que celles-ci doivent être incorporées aux manuscrits. Nous sommes vite d’accord sur ce principe tant que nous nous reportons aux suggestions qui améliorent une traduction qui est déjà d’une assez bonne qualité. Mais il existe des erreurs d’un autre ordre. Certaines sont de nature exégétique et manquent d’appui dans les commentaires. D’autres concernent les endroits où le sens rendu ne correspond pas à ce que disent les Ecritures Saintes, comme on le découvre parfois dans les réponses de l’assistant de langue. Même dans ces cas extrêmes, une fois que la suggestion est faite et que le bien-fondé en a été expliqué, la responsabilité du conseiller s’arrête là ; l’application de sa suggestion visant à améliorer un tel verset n’est plus de son ressort. » (Notes on Translation avec exercices p. 65-66)
Le conseiller devrait être content de voir sa responsabilité se terminer une fois qu’il a donné son avis, laissant au traducteur le soin, et la responsabilité, de rédiger la traduction finale. Dans la quasi-totalité des cas, il en résultera une traduction dont le contenu de même que les tournures idiomatiques ont été améliorés. Cela dit, la traduction conservera presque toujours des passages qui ne trouveraient pas la satisfaction du conseiller et qu’il changerait s’il en était lui-même responsable. Il se peut que la traduction soit basée sur des interprétations que le conseiller juge fausses. Le texte source peut être différent de celui qu’il considère être le bon. La traduction peut être trop littérale ou trop libre selon sa conception de ce métier. La disposition du texte peut lui sembler peu souhaitable. Même si la traduction transmet fidèlement le message du texte source, la syntaxe du texte peut lui paraître fragmentée et peu naturelle. Si le conseiller était responsable de la forme et du contenu de la traduction, il souhaiterait souvent la revoir à bien des points de vue.
Le juge
Le règlement de la filiale veut qu’une traduction, avant de recevoir le feu vert pour la publication, soit approuvée par un conseiller. Le conseiller doit donc exercer non seulement la fonction d’un conseiller, mais aussi celle d’un juge. C’est à lui de décider si une traduction peut être publiée ou pas. Son rôle de juge rend le traducteur sans doute tendu dans sa relation avec lui. Le conseiller, quant à lui, sentira des tensions en lui-même, lorsque les exigences n’ont pas été précisées.
Il est évident que signer le formulaire d’approbation représente plus qu’attester du fait que la traduction a été contrôlée par un conseiller. Mais cet acte ne devrait pas non plus être compris comme approbation personnelle par le conseiller de chaque interprétation exégétique ou de toute décision prise touchant au contenu et à la forme. A quel moment le conseiller doit-il refuser de signer ce formulaire ? Jusqu’où devrait-il aller dans l’exercice de son rôle de juge ?
Quel devrait être le rôle prédominant, celui de conseiller ou celui de juge ?
Le fait que chaque traduction doive être approuvée par le conseiller (par le moyen d’un formulaire dûment signé) met en valeur son rôle de juge. Cela dit, dans la plupart des cas, le conseiller ne trouve aucune raison de refuser l’autorisation de publier un texte que le traducteur juge prêt à passer à l’impression.
Tous les traducteurs s’efforcent de présenter une traduction (1) qui rende de façon fidèle le message du texte source, et (2) qui soit compréhensible par le lecteur. Le conseiller vérifie dans la traduction que ces points ont été respectés et en discute avec le traducteur. Ce dernier est toujours prêt à accepter les suggestions qu’il considère utiles pour atteindre ces deux objectifs. Les traducteurs s’en approchent avec des succès différents, mais tous, ils ont eu une formation appropriée et suffisamment d’aide par le conseiller pour leur permettre de produire une traduction qui soit au moins aussi bonne qu’une traduction littérale en anglais ou français. La plupart d’entre eux en obtiennent des textes qui sont même plus fidèles et communiquent mieux qu’une traduction littérale le message du texte source.
Il se peut qu’un petit nombre, parmi les centaines de traducteurs, se trouvent incapables de rendre fidèlement le sens, parce que l’exégèse du texte source leur est trop difficile. Peut-être certains auront-ils traduit de façon tellement littérale que le message ne sera pas compris des lecteurs. Peut-être aussi quelques-uns ne seront-ils pas capables d’apprendre la langue suffisamment bien pour se rendre compte que leur traduction n’est pas assez naturelle pour être comprise. Pour de tels cas, certains normes minimums devront être satisfaits avant qu’une traduction puisse être publiée.
Il n’est cependant pas nécessaire d’y insister au cours des sessions de vérification ordinaires. Et même en dehors de ce cadre, les situations exigeant qu’on les impose sont assez rares, de sorte que le redoutable rôle de juge ne devrait pas être prépondérant.
Il serait sans doute utile d’enlever le mot « approbation » du formulaire que le conseiller doit signer. On pourrait l’appeler « liste de contrôle du conseiller » et faire l’énumération des éléments que le conseiller revoie et dont il discute avec le traducteur. Sur cette liste, le conseiller pourrait alors cocher les éléments qu’il a revus et ne s’attarderait pas sur la révision ou la vérification que le traducteur, lui, aurait prévu de faire avant la publication.
Normes minimums à satisfaire en vue de la publication des traductions :
Pour les quelques traductions qui semblent ne pas être prêtes pour la publication, les conseillers ont besoin de quelques règles de référence. Il est impossible de légiférer en détail en tenant compte de tous les cas qui peuvent se présenter, aussi les règles suivantes sont-elles générales et laissent une certaine latitude d’interprétation.
- Une traduction ne doit pas comprendre d’interprétations qui se distinguent de tous les commentaires de savants, livres de référence ou traductions, ni d’interprétations que le traducteur ne peut justifier autrement.
- Une traduction doit dans son ensemble être intelligible aux locuteurs de la langue cible. Au moindre indice d’inintelligibilité, le conseiller demandera qu’une retraduction soit faite par un locuteur de la langue. S’il est impossible de l’obtenir, le conseiller devrait poser des questions détaillées pendant une session orale avec une personne appartenant à ce groupe linguistique.
- On ne doit pas y trouver des textes et des interprétations qui pourraient causer le rejet de la traduction par un groupe chrétien de la région où cette langue est parlée. Il faudra traduire de façon ambiguë les passages comprenant des sujets théologiques importants qui font l’objet de débats passionnés dans la région linguistique, de sorte que la traduction ne soit pas rejetée à cause des interprétations faites. La traduction ne devrait pas omettre les passages qu’un groupe chrétien de la région considère comme faisant partie du Nouveau Testament.
Dans le cas où le conseiller jugerait que la traduction ne devrait pas être publiée telle quelle, il est probable que le traducteur voit lui aussi la nécessité d’une révision. Si, pourtant, le traducteur persiste dans sa volonté de faire publier la traduction, le conseiller adressera un rapport écrit sur ce problème au coordonnateur de la traduction, avec copies au traducteur et au directeur de la filiale. Le traducteur peut alors défendre son point de vue en passant par les différentes instances jusqu’à satisfaction, ou jusqu’à refus définitif par le comité exécutif.


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