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Les aptitudes du conseiller (Larson 1985)

Drew MaustDrew Maust · Mar 18, 2024, 5:21 PM · Last modified: Sep 28, 2026, 11:39 AM
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Traduit de Notes on Translation No. 110 (décembre 1985) : 7-18

Mildred L. Larson

L'auteur : Mildred Larson est titulaire d’une maîtrise de linguistique de la University of Michigan et d’un doctorat en sciences humaines de la University of Texas at Arlington. Elle fait partie de SIL International depuis 1950. Elle a d’abord travaillé dans le cadre d’un programme de traduction et d’alphabétisation au Pérou, puis elle a été Coordonnatrice des affaires académiques pour l’Amérique Latine. Depuis quelques temps elle est Coordonnatrice internationale pour la traduction. Elle a écrit plusieurs livres et articles, y compris deux ouvrages sur la traduction. Elle a aussi enseigné la linguistique et la traduction à la University of Oklahoma (cours d’été) et à la University of Texas at Arlington. Depuis un certain nombre d’années, elle est conseillère en traduction.

Introduction :

Dans l’exercice de sa fonction, le conseiller doit faire preuve de deux types de compétences : l’un technique afin de pouvoir résoudre les problèmes qui se présentent pendant de contrôle des textes ; l’autre interpersonnel lui permettant de bien communiquer ses connaissances techniques. On a tendance à mettre l’accent sur les capacités intellectuelles et les connaissances techniques du conseiller. Nous parlons moins de l’importance des diverses facultés touchant au domaine des relations interpersonnelles. Pourtant, c’est le plus souvent par ces compétences-là que nous pouvons juger de l’efficacité du travail effectué au cours d’une session de vérification. Je voudrais rappeler la remarque pertinente de John Beekman : " L’aspect psychologique du travail du conseiller ne peut être surestimé. Le conseiller doit être un bon diplomate et enseignant ayant la capacité d’entretenir de bons rapports avec les autres… Son approche globale devrait inspirer la confiance et générer l’enthousiasme. " (1981 : 4)

Les compétences dont le conseiller doit faire preuve s’apprennent et peuvent s’améliorer avec l’expérience. Le conseiller doit être conscient de ses points forts comme de ses points faibles tout en essayant d’améliorer ses facultés interpersonnelles là où il découvre des faiblesses dans son caractère naturel. Cet article a pour objet d’examiner les facultés que constituent l’écoute, la réponse et la confrontation, facultés qui sont indispensables à l’exercice efficace de son travail.

Pourquoi dit-on de tel conseiller qu’il est " bon " et de tel autre qu’il est " moins bon " ? Pourquoi préfère-t-on tel dentiste ou tel médecin ? Deux critères semblent être déterminant : ses compétences et son style. Un conseiller doit bien sûr avoir un certain niveau de compétence pour être accepté, mais en général on le juge sur sa facilité dans les relations interpersonnelles. C’est pourquoi nous recommandons le Cours de Relations Humaines qui fait partie de la Formation pour Conseillers proposée par SIL International.

La toute première tâche du conseiller consiste à établir le contact, à nouer des relations. Il faut éliminer tout ce qui peut empêcher de communiquer librement. La qualité du premier contact est déterminante. Un conseiller doit être chaleureux, spontané, ouvert. S’il a l’air contrarié ou mal à l’aise, et commence à critiquer, il aura des difficultés à établir de bonnes relations. Si le traducteur est convaincu que le conseiller l’accepte tel qu’il est, il fera son possible pour lui expliquer les choses clairement pour bien se faire comprendre. Si au contraire il a l’impression de ne pas être à la hauteur il va tenter de dissimuler sa véritable personnalité et refusera de parler librement de son travail. Si le conseiller accepte le traducteur tel qu’il est, celui-ci s’acceptera lui-même. Il sera plus ouvert, mieux disposé à admettre certaines difficultés et à accepter les observations qui lui sont faites. La moindre démarche de la part du conseiller visant à faciliter les rapports peut déclencher une succession d’effets positifs sur le travail de traduction même.

La confrontation sera elle aussi un élément important de ce processus et facilitera les rapports interpersonnels. Aussi curieux que cela puisse paraître, l’encouragement naît souvent de ce qu’on a obligé quelqu’un à affronter un problème. Mais pour être efficace il faut confronter dans une attitude positive plutôt que négative. Il est important d’avoir défini les objectifs de la séance de travail dans un contrat ou un accord tout au début de la session ; il permettra d’en discuter au moment de l’évaluation finale. Le fait d’avoir fixé des objectifs aidera le conseiller et le traducteur à mieux se concentrer sur la tâche à accomplir et à assumer avec moins de tension leurs responsabilités.

Un conseiller doit non seulement posséder les aptitudes examinées plus loin, mais également faire preuve de sensibilité spirituelle. Cette qualité est fondamentale et englobe toutes les autres. Hekman a étudié le thème de la sensibilité spirituelle dans un autre article de ce numéro.

1. Savoir écouter

J’emploie les termes écouter, répondre et confronter. Lindquist (1983) parle de conscience, de savoir-faire en communication et d’assurance. Commençons par l’écoute (la conscience). Il s’agit là d’une écoute globale : il ne suffit pas d’écouter les paroles ; il faut aussi être à l’écoute de la personne elle-même. On peut très bien dire « Je suis content que vous soyez venu, je suis impatient de commencer ce travail » tout en étant troublé, agité, ou au contraire silencieux. Ecouter ne signifie pas simplement entendre des mots, mais comprendre ce que l’autre communique réellement. Un conseiller doit être à l’écoute de ce qui est dit comme de ce qui est communiqué autrement. Il doit aussi être conscient de son propre mode de communication. Transmet-il vraiment le message qu’il est en train d’écouter quand il dit « j’écoute », ou son comportement indique-t-il qu’il est ailleurs dans ses pensées ? Certaines personnes sont plus sensibles que d’autres aux indices non-verbaux, tels que : tics nerveux, ton de la voix, couleur du visage, respiration, etc.… Le conseiller doit cultiver sa sensibilité pour les signes qu’il observe au cours de la séance de travail et qui ne font pas partie du langage verbal.

Puis il y a les signes fournis par le conseiller lui-même ; ils sont peut-être encore plus importants. En se tournant vers le traducteur, en le regardant (si ce geste est accepté dans la culture) et en lui parlant, bref, par ses réactions verbales comme par son attitude, le conseiller doit lui signaler qu’il lui prête toute son attention, qu’il est à l’écoute. C’est l’attention non-verbale qui communique le souci de l’autre et un intérêt réel. L’expression physique du souci de l’autre peut s’apprendre et se développer dans la situation même. Le conseiller ne doit pas faire semblant d’écouter, l’attention qu’il porte sur l’autre doit être vraie. S’il est en train de feuilleter le dictionnaire pendant que le traducteur parle, ce dernier aura l’impression de ne pas être écouté.

Il se peut que les gens se détournent simplement à cause du comportement ou de certaines habitudes du conseiller, dont lui, il ne se rend pas compte. Chacun de nous doit s’examiner lui-même. Si nous sommes conscients que quelqu’un nous évite, il faut essayer d’en découvrir la cause. Avons-nous été vraiment attentifs ou bien avons-nous fait preuve d’indifférence, d’impatience ? Nous sommes-nous montrés embarrassés quand certains sujets ont été évoqués ? Il faut tenter de découvrir pourquoi nous nous sentons mal à l’aise avec quelqu’un, pourquoi on réagit mal. Cela peut nous aider à mieux comprendre nos propres réactions interpersonnelles et peut-être, à voir pourquoi les gens réagissent de telle ou telle façon.

Il faut montrer qu’on est bien disposé pour répondre et aider. Nous pouvons communiquer ce message en préparant la séance avec soin, en prévoyant suffisamment de temps et un endroit approprié, et en apportant tous les outils nécessaires. Il faut avoir étudié avec soin les textes qui seront soumis au contrôle avant le début de la séance.

Le fait d’arriver bien préparé prouve notre désir d’aider. Choisir un endroit aussi calme que possible avec un minimum d’agitation, communique qu’on a envie de se concentrer et d’écouter. Etre réellement à l’écoute exige de pouvoir se concentrer et de délibérer. Certains conseillers ont tendance à devancer le traducteur. Ils réagissent avant même qu’il ait fini de parler. Un tel comportement lui suggère que le conseiller n’a pas vraiment envie de l’écouter, qu’il veut seulement en finir rapidement. Le conseiller ne doit pas trop anticiper. Il devrait écouter attentivement, patienter et réfléchir avant de répondre. Il doit prendre son temps sans toutefois exagérer, pour ne pas mettre son interlocuteur mal à l’aise. Si le traducteur décide de prendre la parole parce que le conseiller passe trop de temps à réfléchir, ce dernier ne doit pas hésiter à lui dire : « Patientez quelques instants, je suis en train de penser à ce que vous m’avez dit (ou j’essaie de me souvenir de quelque chose que j’ai lu/entendu à ce sujet). » Une telle façon de faire non seulement signale une attention réelle, mais engendre aussi de meilleures réponses et des remarques plus pertinentes que celles qu’on ferait rapidement sans aucune réflexion préalable. Délibérer des problèmes demande certainement beaucoup de travail ; cela dit, on attribue par là plus de valeur à ce que la personne a dit.

Savoir écouter demande une active participation et s’apprend avec l’expérience. On peut aussi suivre des cours d’écoute, un module qui fait partie du cours de relations humaines offertes par SIL Norman, qui, lui, s’intègre dans la formation générale des conseillers. La mise en pratique de l’écoute nous aidera à prendre conscience du problème ; cette prise de conscience à son tour nous permettra de changer, de laisser derrière nous les vieilles habitudes de ne pas écouter du tout, ou d’écouter d’une oreille distraite, pour devenir des hommes et des femmes qui savent écouter attentivement.

Le conseiller doit savoir écouter attentivement sans pour autant interpréter de façon excessive tout ce qu’il entend. Il ne faut pas se prendre pour un psychologue. Cela dit, deux points méritent notre attention : le contenu de la traduction qu’on est en train de vérifier : l’écoute ici est indispensable pour parvenir à un résultat satisfaisant ; mais aussi les sentiments du traducteur. Ce dernier peut éprouver le besoin de déverser sa frustration sur le conseiller. Il est important d’y prêter attention. Souvent il a seulement besoin d’une oreille attentive. Dans d’autres cas le conseiller peut faire davantage pour aider. Mais ici encore, il faut veiller à l’équilibre. Celui-ci fait défaut, si le traducteur passe l’essentiel du temps disponible à parler de sa frustration, au point d’empêcher le travail d’avancer.

2. Savoir réagir, répondre

Savoir répondre est tout aussi important que de savoir écouter. Lorsque le traducteur décrit son travail, il dévoile une partie de lui-même, il attend une réaction de la part du conseiller. Il attend de son interlocuteur qu’il l’écoute avec suffisamment d’attention pour pouvoir le comprendre. L’important est de créer un climat de soutien et de confiance.

Agent (1977 : 135-140) suggère trois manières de répondre. La première réaction consiste à évaluer. Elle est naturelle et instinctive. On porte tout de suite un jugement sur ce que disent les gens, décide s’ils ont tort ou raison. Mais cette façon de faire n’ouvre pas les portes, bien au contraire — elle les ferme. Le deuxième type de réaction selon Agent, est ce qu’il appelle « écouter d’une oreille distraite », c’est-à-dire écouter sans vraiment réagir. C’est faire semblant d’être attentif en hochant la tête, en disant « oui, oui » ou « je comprends ». Mais il ne répond pas vraiment à ce que l’autre est en train de dire. Le troisième type de réponse consiste à comprendre. C’est là le rôle du conseiller. Répondre avec entendement signifie être à l’écoute de la communication globale, c’est-à-dire essayer de comprendre à la fois les faits et les sentiments que le traducteur est en train de communiquer. Il ne s’agit pas de juger ni d’interpréter ses propos. Répondre avec entendement ne veut pas non plus dire le provoquer, ni lui donner des conseils, ni se contenter de répéter ce qu’il vient de dire. La partie la plus délicate de la tâche du conseiller est peut-être d’identifier les points qui nécessitent une réponse. Au cours de la vérification de la retraduction avec son interlocuteur, le conseiller ne peut simplement pas répondre à tout. Il est obligé de faire des choix. Si un problème est récurrent il faut y répondre. Si le traducteur est frustré parce qu’il ne parvient pas à trouver la bonne traduction d’un mot, là encore une réponse est nécessaire.

Il faut être capable de répondre et aux sentiments exprimés et aux faits. Admettons que le traducteur propose le mot qu’il a choisi pour traduire « gloire » dans un passage particulier. Après avoir hésité entre plusieurs équivalents, il en a retenu un dont il n’est pas satisfait. Il se peut que le conseiller lui dise : « Vous n’êtes pas satisfait de votre choix, n’est-ce pas ? Je comprends par ce que vous venez de dire que le mot choisi ne rend pas l’idée de “splendeur”. Quel est le sens profond du mot que vous avez employé ? Est-ce qu’on pourrait y remédier en disant par exemple… ? Peut-être que l’idée de “splendeur” ici n’est pas aussi indispensable qu’on ne l’entend parfois prononcer dans les sermons. Dans les notes exégétiques que j’ai sous les yeux, je lis que… »

Lorsqu’un problème surgit, le conseiller doit retenir en mémoire tous les éléments qui lui sont présentés. Mais il est important qu’il exprime ses réflexions à haute voix ou tout au moins récapitule ce qu’il a entendu pour être sûr d’avoir bien compris. Voici un exemple : « Si j’ai bien compris, le mot que vous employez contient l’idée de lumière et d’intensité mais pas celle de pouvoir et d’autorité. Vous n’avez pas encore l’air satisfait et aimeriez trouver un meilleur terme pour rendre “gloire”. Le mot que vous avez choisi fait-il partie du langage courant ? Comment s’emploie-t-il ? »

Le conseiller fait preuve de respect envers le traducteur en prenant en considération toutes les possibilités. Il pourrait dire : « Le premier mot que vous avez suggéré me paraît un peu faible. D’ailleurs il ne vous convient pas non plus. On pourrait essayer l’autre mot qui veut dire “lumière rayonnante”, seulement, il signifie aussi “chaleur rayonnante”, ce qui ne convient peut-être pas dans ce contexte. Pourrait-on quelque peu modifier la première expression ? Qu’en pensez-vous ? » Le traducteur doit savoir ce que pense le conseiller ; il doit savoir que celui-ci est en train de réfléchir avec lui.

En exprimant sa pensée, le conseiller vérifie qu’il a compris de quoi il s’agit. Il fait une sorte de paraphrase, formulant, en règle générale sous forme de synthèse, ce qu’il pense avoir entendu. Pour s’assurer qu’il a bien compris, le conseiller doit permettre à son interlocuteur de le corriger. Prenons comme exemple une discussion concernant la traduction du terme « esprit » :

 Le traducteur : « Pour parler de l’esprit, nous employons le mot iwanch. Ce mot désigne les esprits des morts qui hantent la jungle. Certains finissent par aller ailleurs, à l’endroit où se trouvent tous les esprits. Ce mot est couramment employé dans les églises, et cela depuis longtemps. De nombreux responsables d’églises refusent d’employer un autre terme. D’autres à qui j’ai expliqué le problème sont d’accord qu’en fait ce mot ne convient peut-être pas vraiment pour parler de l’Esprit de Dieu. Ils nous ont suggéré de traduire l’expression par le cœur de Dieu ou bien la pensée de Dieu. Mais les responsables de la dénomination principale veulent conserver le mot iwanch. »

 Le conseiller : « Vous voulez dire que ce mot désigne uniquement les esprits des morts ; c’est pourquoi vous hésitez à l’employer pour traduire l’Esprit de Dieu. Pourtant c’est ainsi qu’on le désigne dans l’Eglise depuis des années et les gens ne veulent pas changer le terme, n’est-ce pas ? »

 Le traducteur : « Non, certains sont d’accord pour le changement, mais la plupart des chrétiens qui habitent la région centrale y sont opposés. Quelques-uns ont changé d’avis après en avoir discuté avec nous, mais la plupart préfèrent garder le mot auquel ils sont habitués depuis toujours. »

Il est primordial que chacun soit sûr d’avoir bien compris le problème dont il est question.

Il n’existe pas que les réactions exprimées en paroles ; les réponses peuvent aussi être non-verbales. Je ne pense pas seulement aux mouvements du corps tel que le hochement de tête, etc. … mais à la façon de s’exprimer. Il est important d’afficher une attitude engageante. Si la personne s’agite et parle fort tandis que celui qui écoute lui répond très calmement, cela signifie que ce dernier n’est pas d’accord. Une telle réaction indique qu’on n’apprécie pas le fait que l’interlocuteur ait parlé aussi fort. Parler sur le même ton et au même rythme indique la volonté d’établir une relation et d’être à l’écoute de l’autre. On doit également tenir compte de l’intensité émotionnelle exprimée et y répondre de la même façon. Si le traducteur est sérieux, le conseiller doit l’être lui aussi. Si le traducteur est d’humeur joyeuse, soyons-le nous également. Il est important de montrer que nous apprécions l’expression de ses sentiments.

Employer le même vocabulaire peut aussi avoir son importance. Plus le choix de mots du conseiller s’approchera de celui de son interlocuteur, plus leur travail sera efficace. Le conseiller ne doit pas faire étalage de ses connaissances en grec en employant constamment des mots grecs face à une personne qui n’est pas un spécialiste dans ce domaine. Le traducteur se sentirait en position d’infériorité. Si toutefois le traducteur préfère utiliser le terme grec, le conseiller devrait en faire de même, si c’est dans le cadre de ses compétences. L’important est que le traducteur se sente à l’aise. Employer le même vocabulaire, se situer au même niveau par rapport au langage donne un plus grand sens de sécurité à celui qui se trouve en séance avec le conseiller.

Faire preuve de sincérité est aussi très important. Un conseiller ne doit pas tenter de dissimuler sa véritable personnalité, ni de se faire passer pour quelqu’un de très important. S’il est sincère, son interlocuteur apprendra à être sincère avec lui-même. Si le conseiller a des doutes, il doit les partager au lieu de laisser croire aux autres qu’il a une solution à tout. Quand il est sûr de lui, il le dira, tout en soulignant que c’est là son avis personnel et qu’il peut aussi se tromper. Il ne doit pas « faire semblant » en espérant que le traducteur est incapable de se rendre compte de la limite de ses connaissances. Le traducteur aura au contraire davantage de respect pour lui s’il s’exprime ainsi : « Je regrette mais je ne vois vraiment pas ce que Paul a voulu dire ici. Je suggère qu’on regarde encore une fois le commentaire ICC pour voir si ça peut nous aider. »

Parler de ses propres difficultés a également son importance. Le conseiller a peut-être rencontré les mêmes problèmes en traduisant ce passage : partager ses expériences peut encourager le traducteur. Cela dit, il faut être prudent. Si le conseiller finit par monopoliser la parole, les rôles se trouvent inversés. Il est venu aider et écouter et non pas parler de « sa traduction à lui ». La plupart des traducteurs n’apprécient pas qu’un conseiller fasse sans arrêt allusion à son travail personnel, car leur langue est différente de celle que le conseiller a étudiée. Il vaut mieux attendre que le traducteur pose les questions du genre : « Comment avez-vous fait pour… ? Est-ce que vous vous en souvenez ? ». C’est alors le moment d’en parler.

Un conseiller a parfois du mal à parler ouvertement. Il peut lui aussi manque d’assurance. A mesure que le conseiller prend l’habitude de répondre en toute sincérité, il aura de moins en moins de réticences à se dévoiler. Il prendra de l’assurance et par conséquent le traducteur se sentira lui aussi mieux disposé à parler librement de son travail. Il est important que le conseiller se montre de son côté humain.

Poser des questions au traducteur permet de clarifier certains points. Les questions du conseiller font partie de sa réponse. Elles renvoient la balle dans le camp du traducteur et l’aideront à trouver lui-même la réponse. Ainsi la solution sera la sienne et non pas celle imposée par le conseiller. Les questions aident le traducteur à se concentrer. C’est essentiel. Le conseiller peut juger nécessaire de s’arrêter sur un point particulier qui nécessite d’être approfondi. Si le traducteur parle de tout et rien, les questions du conseiller lui permettront de canaliser ses idées. Parler sans but ni structure ne fait qu’embrouiller les choses. Se concentrer sur un point particulier permet de faire avancer le travail.

Il existe bien sûr des façons de réagir bien moins efficaces. Agent (1977 : 155-68) parle des « poor substitutes for responding » (en fr. : réponses ersatz). Le conseiller doit veiller à ne pas s’y habituer. Agent en donne la liste : employer des clichés, répéter ce qu’on a entendu, répondre de façon peu appropriée, tirer des conclusions inexactes, faire semblant de comprendre, ignorer les propos du traducteur, tourner autour du pot, porter un jugement, déformer les propos, donner des conseils, prendre une attitude de supériorité, se tenir sur la défensive. En voici un exemple :

Les réactions illustrent l’emploi mal approprié de ces substitues pendant le contrôle de Jean 8.34 : « En vérité, en vérité je vous le dis, celui qui commet un péché est l’esclave du péché. »

 Le traducteur : 

« Ce verset me pose un véritable problème. D’après les commentaires, son message serait tellement clair, mais quand j’essaie de le traduire, l’idée ne passe pas du tout. Les gens ne comprennent pas. Comment exprimer la notion d’esclavage alors que cette pratique n’existe pas vraiment dans notre culture ? On pourrait dire à la rigueur “celui qui travaille pour quelqu’un sans être payé”. Mais alors il faudrait dire “tous ceux qui commettent des péchés travaillent toujours pour le péché sans être payés”, ce qui n’a pas de sens. De plus, je ne trouve aucune aide dans les commentaires ni dans les différentes versions.

Voici quelques exemples de “réponses ersatz” que le conseiller pourrait donner :

  • Cliché : “Ne vous découragez pas, on a tous le même problème avec ce verset. ”
  • Répétition : “Ce verset vous pose un véritable problème. Les commentaires et les différentes versions ne vous sont pas d’un grand secours. Vous avez bien un mot qui veut dire ‘esclavage’, mais dans ce cas précis il ne veut rien dire. ”
  • Réponse peu appropriée : “Oui, c’est vraiment un verset difficile, mais vous finirez certainement par trouver quelque chose. Il faut juste continuer d’interroger les gens. ”
  • Faire semblant de comprendre : “D’accord, ce n’est pas mal, il faut juste vérifier cette traduction avec d’autres personnes. ”
  • Ignorer les propos : “D’accord. Bien, continuez de travailler là-dessus. Et qu’est-ce que vous avez trouvé pour le verset suivant ? ”
  • Tourner autour du pot : (Ici, donnez libre cours à votre imagination !)
  • Déformer les propos : “En fait, probablement le vrai problème est que vous n’avez pas les bons commentaires”.
  • Porter un jugement : “Vous avez tendance à être trop littéral. Ne restez pas si près du texte. Vous vous appuyez trop sur les commentaires. Demandez à des gens plus âgés. Ils ont probablement eu des esclaves dans le passé et se souviendront du terme employé. ”
  • Donner des conseils : “Evitez d’employer le mot esclavage. Laissez simplement tomber cette comparaison. ”
  • Adopter une attitude de supériorité : “Je suis navré que vous ayez eu autant de difficultés. Traduire est une tâche difficile, surtout quand on connaît peu le grec. Mais je suis convaincu que vous y arriverez malgré tout. ”

Le rôle du conseiller est de bien écouter et de répondre de façon appropriée. Il essayera donc de ne pas donner de “réponses ersatz”, mais réagira d’une manière intelligente en tenant compte à la fois des faits et des sentiments exprimés par son interlocuteur. Pour cela, il fera la synthèse des éléments reçus, les évaluera et examinera en détail la question avec le traducteur. Poser certaines questions et en préciser d’autres permettra de trouver une solution. En travaillant avec le conseiller, le traducteur aura le sentiment d’avoir lui-même trouver les solutions. Il pourrait bien sûr utiliser les réponses » toutes faites », mais souvent, en les appliquant plus tard, il ne se sentira pas bien à l’aise. Le conseiller doit aider et encourager, et pour remplir ce rôle, le mieux c’est d’étudier les problèmes ensemble. La façon dont le conseiller répond devrait montrer des pistes et aidera à trouver les solutions.

3. Confronter, remettre en question

Le rôle du conseiller ne se limite pas à écouter et à répondre, bien que parfois une bonne réponse suffise à résoudre un problème. Si la traduction est de bonne qualité, il n’est pas vraiment nécessaire d’avoir recours à la confrontation. Mais dans la plupart des cas, une certaine remise en question sera nécessaire. On pourrait peut-être remplacer « confrontation » par « challenge » ou « défi ». Mais ces deux termes impliqueraient que la confrontation est toujours quelque chose de positif.

Confronter intelligemment communique : « Je m’intéresse à vos problèmes ». Eviter la confrontation peut signifier : « Le problème ne m’intéresse pas suffisamment pour que je l’aborde. »

Je me suis essentiellement inspirée de ce qu’ont écrit Lindquist et Agent à ce sujet. Nous allons voir comment leur théorie s’applique au travail du conseiller. Selon Lindquist (1983, ch. 6) il est important de communiquer avant tout qu’on écoutera et qu’on le fera sans porter de jugement. C’est seulement alors qu’on a le droit de confronter son interlocuteur. Si la personne est convaincue d’avoir affaire à quelqu’un de sincère et d’honnête, il acceptera aussi la remise en question. Confronter quelqu’un sans avoir au préalable établi une relation solide peut avoir des effets destructeurs. C’est pourquoi il est tellement important de nouer d’abord de bons rapports avec le traducteur.

Confronter une personne dans un contexte pluri-culturel pose un problème particulier et exige beaucoup de délicatesse. Avant de procéder à une confrontation il faut s’efforcer de bien comprendre les coutumes, le déroulement naturel d’une conversation et les mécanismes qui agissent dans les relations entre les personnes. Dans certaines sociétés la confrontation fait partie intégrante des relations interpersonnelles. Une entrée en matière en douceur, sans chercher à s’imposer, peut y être interprétée comme un signe de faiblesse ou d’insécurité. Dans d’autres cultures la confrontation n’est admise que lorsque la personne qui confronte l’autre le pourvoit également d’une façon de « sauver sa face ».

En règle générale un conseiller est rarement amené à envisager une confrontation sérieuse. Dans le cadre de la traduction, il s’agit le plus souvent d’une simple remise en question. Une confrontation convenablement menée peut s’avérer très profitable, mais le mot fait peur. Les gens ont l’impression qu’il s’agit d’une démarche agressive, c’est pourquoi la plupart ne peuvent s’y résoudre. Le problème est que de nombreuses personnes sont incapables de confronter sans choquer. Confronter est difficile parce que nous avons le mécanisme de défense est inné. La clé permettant de confronter consiste à surmonter la méfiance de l’interlocuteur qui se tient sur ses gardes en créant des rapports marqués par la confiance et un esprit d’ouverture. Pour ce faire, il faut d’abord mettre l’accent sur ses points forts, puis l’amener à examiner le domaine qui pose problème et nécessite une remise en question. Le conseiller invite le traducteur à examiner avec lui un problème particulier. Il s’agit de l’amener à examiner son travail de plus près, de le stimuler et de l’inviter plutôt que de le confronter froidement.

Il est utile de demander au traducteur de ne pas répondre tout de suite, mais de réfléchir d’abord à ce qu’il vient d’entendre. Ainsi, au cas où le traducteur aurait mal compris, ils pourront éclaircir les choses ensemble avant qu’il ne réponde à la suggestion du conseiller. Une fois qu’il a bien compris ils sont prêts à examiner ensemble les points forts et les points faibles, trouver une solution ou fixer des objectifs pour venir à bout du problème.

Une confrontation doit se faire au bon moment, ce qui n’est pas toujours facile. Il est bon de commencer par discuter des divergences mineures pour ainsi tâter le terrain et voir si le traducteur est prêt à aborder le problème de fond. Si le traducteur est d’emblée sur la défensive il ne faut pas insister. Dans ce cas-là, le conseiller devrait continuer d’approfondir sa relation avec le traducteur et ne pas aller trop vite dans la poursuite de ses objectifs. Il vaut mieux émettre des hypothèses, faire des observations pour les vérifier ensuite plutôt que d’affirmer les choses d’une manière absolue. Le conseiller a peut-être raison, mais il peut aussi se tromper. Il est donc important qu’il pèse bien ses mots. Il pourrait commencer en disant : « il me semble que… » suivi de « on n’est pas d’accord sur ce point, n’est-ce pas ? », puis « j’aimerais que vous… ».

Il est aussi très utile de récapituler, à intervalles réguliers, ce qui a été dit : les observations, les objectifs, les stratégies envisagées…, avant de passer à l’étape suivante. De tels résumés devraient lier ensemble les principaux points abordés, y compris le contenu et les sentiments exprimés. A ce stade de la séance il sera important que le conseiller prenne des notes de ce qui est dit. Si la discussion dure trop longtemps sans qu’il le fasse, il risque d’oublier des détails et certains problèmes ne seront pas résolus. Chaque observation, chaque question doit contribuer à amener le traducteur plus loin dans sa recherche de réponses aux problèmes abordés.

Les différents types de confrontations :

Agent parle de cinq types de confrontations :

  1. Confronter — en présentant des informations nouvelles.
  2. Confronter — en passant par l’expérience
  3. Confronter — en soulignant les points forts 
  4. Confronter — en soulignant les points faibles
  5. Confronter — en encourageant à passer à l’action

Voyons comment on peut les appliquer dans différentes situations de traduction :

  1. Confronter — en présentant des informations nouvelles Le conseiller fournit au traducteur des informations nouvelles qui l’amèneront à réexaminer l’endroit où la traduction pose problème. Prenons un exemple concret : il se peut que la traduction choisie pour rendre « Royaume de Dieu » ne soit pas très satisfaisante dans un passage particulier. Le conseiller pourrait dire au traducteur : « Je vous propose de lire l’article sur “Le Royaume de Dieu” dans les NOT, pour essayer de mieux comprendre le sens de l’expression dans le contexte en question. Vérifiez ensuite la traduction que vous avez choisie dans différentes occurrences. » Le traducteur ne se sentira pas menacé puisqu’il n’avait pas cette information avant. Il sera prêt à modifier sa traduction en fonction des nouvelles données. C’est pourquoi il est important pour le conseiller de bien connaître les documents disponibles et les outils qui pourraient être utiles au traducteur. Ils fourniront les éléments nouveaux qui rendent nécessaire la confrontation.
  2. Confronter — en passant par l’expérience Il s’agit de mettre en évidence un problème par le moyen d’expérience. En voici un exemple : pour s’assurer de ce que le traducteur a compris, le conseiller pose sa question à un locuteur de la langue cible qui n’est pas impliqué dans le travail. Sa réponse indiquera au traducteur qu’il y a effectivement un problème. Grâce au contrôle de la compréhension par l’intermédiaire d’un tiers, la confrontation n’est pas directement liée au conseiller. Cette démarche empêchera le traducteur de dissimuler des informations et d’esquiver certains problèmes dont il a peut-être même conscience mais qu’il n’a pas envie d’affronter. Passer par une tierce personne pour vérifier certaines choses peut aider à mettre le doigt sur un problème.
  3. Confronter — en soulignant les points forts Dans ce type de confrontation, le conseiller soulignent les points forts ou les capacités de la personne, ou bien les ressources qu’elle n’a pourtant pas su exploiter pour résoudre le problème. Le conseiller peut lui dire : « Je vois que vous savez tellement bien dénicher des informations dans les commentaires. Vous pourriez peut-être examiner à nouveau ce problème, et expliquer en quelques lignes de quoi il s’agit réellement. Je le creuserai davantage de mon côte, et nous en reparlerons demain. »
  4. Confronter — en soulignant les points faibles Il s’agit de mettre en évidence ce que la personne ne sait pas bien faire ou ce qu’elle manque de faire. Étant donné qu’on ne peut pas l’éviter complètement, il est d’autant plus important d’inclure des suggestions qui permettent de surmonter les faiblesses dont on a parlé. Presque tous les traducteurs ont des points faibles. Montrer au traducteur comment devenir fort dans ces domaines fait partie de la tâche du conseiller. Il se peut qu’un traducteur éprouve des difficultés constantes à traduire les métaphores, par exemple. Souvent il en est parfaitement conscient. Si le conseiller n’aborde pas le problème, le traducteur aura le sentiment qu’on ne veut pas l’aider. Confronter de cette manière est étroitement lié à la confrontation par l’encouragement, permettant au traducteur d’aller de l’avant.
  5. Confronter — en encourageant à passer à l’action Dans ce type de confrontation, il s’agit d’encourager le traducteur à agir, de l’inciter à faire quelque chose et de définir des objectifs. Il est peut-être nécessaire de relire le chapitre qui traite des métaphores dans le manuel de traduction. Le conseiller peut aussi décider de donner un bref enseignement modulaire sur-le-champ. Mettre en évidence les points faibles de quelqu’un doit s’accompagner d’une proposition d’action visant à modifier la situation et à donner l’espoir de trouver une solution. Fixer des objectifs fait partie intégrante de la confrontation. Nous en parlerons plus loin.

Soit, la confrontation fait naturellement partie de la fonction de conseiller. Ce qui sera décisif pourtant, c’est la façon dont on s’y prend. La compréhension exacte du problème, fruit d’une écoute attentive et de réactions appropriées, est primordiale. Il est important d’user de tact et de présenter ses propos comme des suggestions. On pourrait employer des expressions telles que « quelque peu », « je me demande si », « peut-être que ? », qui permettent de faire des observations de manière moins offensive.

Le conseiller doit savoir pourquoi il a décidé de confronter le traducteur. Ni la colère ni la déception ne doivent être à l’origine de la confrontation. Elle devrait toujours être motivée par le désir d’aider et d’encourager. Le conseiller ne doit pas envisager une telle démarche avant de s’être acquis le droit de le faire — en établissant une relation avec le traducteur, en l’écoutant, en réagissant de façon appropriée à ses questions. En plus, il s’acquiert ce droit en s’assurant de bien connaître son domaine d’expertise qui est la traduction, de bien se préparer à chaque nouvelle séance de vérification.

Il ne faut jamais se liguer contre quelqu’un. Le conseiller peut tenter de rallier un membre de l’équipe de traducteurs à son point de vue et de ce fait il prend parti contre le traducteur. Lorsque plusieurs personnes sont concernées par le travail de traduction, le conseiller doit éviter de prendre parti. Il est certes important de donner son avis sur des sujets particuliers. Cela dit, il faut éviter des propos du genre : « Je suis d’accord avec telle ou telle personne. » Ce sont les points de vue qu’il faut comparer et non les personnes : « A mon avis, l’interprétation selon laquelle Paul aurait voulu dire que… est probablement celle qu’on retrouve le plus souvent avancée dans les commentaires. »

Le conseiller doit être précis et pratique. S’il se contente de faire de vagues remarques le traducteur comprendra que quelque chose ne va pas, sans savoir pour autant de quoi il s’agit précisément. Lui dire, par exemple que « certains détails dans ce chapitre méritent davantage d’attention » ne sert pas à grand-chose. Il vaut mieux lui dire : « Je vous propose de revoir le mot que vous avez employé pour traduire “gloire” dans ce passage. Par ailleurs, pourriez-vous vérifier le mot “confesser” en demandant à deux ou trois locuteurs dans quels cas ils l’emploieraient ? » Le conseiller doit faire preuve d’une grande précision. Il ne doit pas supposer que le traducteur comprenne d’emblée ce qu’il attend de lui. Il est de son ressort de l’aider à affronter la réalité. Il examine les faits avec le traducteur et en tire des conclusions. Il se peut qu’ils ne soient pas d’accord. Ceci est permis et aidera à faire avancer la discussion pour arriver à des résultats concrets.

Chaque observation doit faire l’objet de beaucoup d’attention. C’est qu’elle peut facilement entraîner des malentendus. Il est possible que la personne refuse de prêter attention aux observations faites par le conseiller, c’est son droit. Cependant, lorsqu’une suggestion s’avère indispensable, le conseiller doit être ferme. Chacun interprète une remarque à sa manière, et il ne faut pas oublier de tenir compte du contexte culturel : comment cette observation est-elle perçue par l’interlocuteur ? Que faudra-t-il dire pour obtenir le résultat souhaité ?

La confrontation ne devrait pas se passer au niveau non-verbal (gestes, mimiques). Si le conseiller a l’air contrarié, s’il fronce les sourcils dès qu’il entend une remarque, le traducteur pourrait croire qu’il est jugé incapable de fournir la réponse. Une telle attitude de la part du conseiller ne peut contribuer à résoudre le problème. Son rôle est d’aider, de stimuler et non de mettre le traducteur mal à l’aise. Le meilleur moyen d’y parvenir est d’exprimer sincèrement ses sentiments ou sa pensée. Certaines personnes sont des « spécialistes » dans l’expression non-verbale de ce qu’elles ressentent ou pensent, mais ce n’est pas ce qu’on attend d’un conseiller. Il ne doit pas non plus se montrer sarcastique et critique, ou s’adonner à cataloguer les gens ou à les insulter avec cynisme.

Toute forme de confrontation doit se fonder sur de bonnes relations pour se dérouler normalement. Ainsi conditionnée, elle a souvent pour effet de resserrer les liens. Remettre les choses en question de manière appropriée, avec sincérité et honnêteté, contribue à rapprocher les gens. Ceci est particulièrement vrai si le conseiller fait preuve de discrétion par rapport aux problèmes abordés et ne critique pas le travail du traducteur devant quelqu’un d’autre. Grâce à la confiance établie entre lui et le traducteur, ce dernier ne se sentira pas menacé et se montrera ouvert aux observations faites. Si le conseiller veut bavarder avec d’autres personnes de cette traduction, il doit se limiter aux points positifs, mais passer sous silence les points « moins positifs ».

Chaque personne réagit différemment à une confrontation. Certains la refusent catégoriquement. D’autres retiennent ce qui leur convient et parfois, ils essaient de faire le conseiller changer d’avis. D’autres encore tentent de prouver leur bonne foi et cherchent des appuis. Il arrive aussi que le traducteur soit d’accord avec le conseiller quoiqu’il dise et refuse de s’engager dans une discussion. Quelle que soit la réaction de chacun, le conseiller est là pour aider et encourager. Pour remplir ce rôle, la meilleure chose à faire est peut-être d’aider le traducteur à fixer des objectifs.

Le rôle du conseiller est d’aider le traducteur à avancer, à savoir l’étape suivante ; il l’aidera tout particulièrement à améliorer ses habitudes de travail et la qualité de la traduction. Minimiser les problèmes et donner des conseils superficiels n’apporte pas de vraies solutions. En tant que conseillers nous devons essayer de ne pas nous laisser dépasser par la complexité des problèmes liés à la traduction elle-même ou par la situation générale du programme de traduction. Il faut trouver un moyen de faire évoluer les choses pour arriver à de vraies solutions. Il faut énoncer les objectifs, les expliquer et s’assurer de leur bien fondé. Il faut poser des questions qui aident le traducteur à définir lui-même ses objectifs. On pourrait demander : « Qu’est-ce que nous devrions faire selon vous pour… ? »

Aider le traducteur se définit en trois étapes :

  1. Etudier le problème et l’expliquer.
  2. Définir les objectifs en fonction de ce qu’on a compris du problème.
  3. Imaginer des solutions qui permettent de réaliser ces objectifs.

L’objectif de cet article était de discuter du premier point ; c’est chose faite. Cependant, je tiens à rappeler, pour terminer, que confronter quelqu’un sans fixer d’objectifs en vue de trouver une solution risque de faire plus de mal que de bien. Ensemble, conseiller et traducteur devraient discuter des points faibles ou des problèmes, définir des objectifs, puis élaborer un plan qui permettra d’atteindre ces objectifs. Il ne faut en aucun cas les imposer au traducteur. En voici un exemple : le conseiller peut juger nécessaire une vérification plus approfondie de la compréhension de certains passages parmi les locuteurs de la langue cible. Mais il ne faut pas en rester là ; il faudra, ensemble, préparer un plan d’action. On pourrait envisager

  1. d’écrire au bureau de SIL International à Dallas pour demander l’envoi d’une liste de questions de compréhension, 
  2. de trouver ensuite une ou deux personnes capables de relire et de tester les textes en question, 
  3. de lire des articles sur la formation de ces personnes, et 
  4. de consacrer une journée par semaine à leur formation, jusqu’à ce que le programme d’évaluation fonctionne correctement.

Il ne faut pas se contenter de fixer des objectifs et de définir des plans pour les atteindre mais aussi procéder à une évaluation permettant au conseiller de s’assurer que les objectifs ont été atteints et les projets réalisés. Des ajustements peuvent s’avérer nécessaires et les projets doivent parfois être modifiés. Si le conseiller ne procède pas à une évaluation, le traducteur risque d’oublier les objectifs fixés au départ. Si l’évaluation montre que la traduction a été améliorée comme souhaité, le conseiller aura accompli sa mission.

Le conseiller représente un modèle. Le traducteur augmente ses connaissances non seulement grâce aux informations qui lui sont fournies mais également en observant comment le conseiller l’aide à affronter ses problèmes. Cette expérience nouvellement acquise va lui permettre d’affronter de nouvelles difficultés tout seul. Si le travail du conseiller porte ses fruits, il va stimuler le traducteur et l’aider à résoudre d’autres problèmes. Le conseiller a pour mission non seulement d’apporter un soutien ponctuel mais aussi d’enseigner au traducteur à travailler de manière autonome à l’avenir. S’il est efficace, il sera capable d’aider le traducteur à acquérir des méthodes de travail plus performantes.

Enfin, un conseiller doit avoir conscience de ses propres limites. Elles sont parfois liées à un manque d’information. Il est bon que le traducteur participe à un atelier de linguistique, qu’il suive une formation sur les principes de traduction, etc. … Le conseiller ne peut pas lui offrir cette formation supplémentaire. Pour cela il faut s’adresser à l’administration. Le traducteur peut avoir de graves difficultés personnelles qui apparaissent au cours de la séance de travail avec le conseiller. Il peut être capable de l’aider, mais il peut aussi se voir obligé d’orienter le traducteur vers d’autres personnes. Le conseiller ne doit pas en « faire trop ». Il doit connaître ses limites et aider le traducteur à trouver ailleurs l’aide que lui-même est incapable de fournir. Son rôle est d’enseigner, d’encourager, d’aider en fonction de ses possibilités. Mais, ses compétences sont limitées et son temps est compté.

Références :

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Beekman, John. 1980. “Three Focuses of Consultation Procedures.” NOT 81 :2-14.

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Egan, Gerard. 1977. You and Me, The Skills of Communicating and Relating to Others. Monterey, CA: Brooks/Cole Publishing Company.

Hesselgrave, David J. 1984. Counseling cross-culturally. Grand Rapids, MI: Baker House.

Linquist, Stanley E. 1983. Reach Out, Be an Encourager. Wheaton, IL : Creation House.

Lippitt, Gordon L. 1978. Helping Across Cultures. Washington, D.C.: International Consultants Foundation.

Longacre, R. E. and D. Thomas. 1987. “Role of a Consultant.” NOT 5 :23-27

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